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Le manipulateur en entreprise : pression et chantage

A l’heure où la performance est impérative, presque vitale pour l’entreprise, il est nécessaire de se prémunir de toute influence et pression émotionnelle : le manipulateur en entreprise. L’émotion a pendant longtemps été écartée des discours d’entreprises, prétextant que ce n’est ni le lieu ni le moment pour donner quelconque place à ce qui est ressenti. Seulement voilà, l’émotion est humaine. On ne sait vivre sans. Elle intervient que l’on cherche à agir, à réagir, à faire faire, à être.

Lorsqu’un collaborateur cherche à améliorer sa performance, la force même de cet objectif constitue déjà un frein, car il est porté inconsciemment par des peurs, de la culpabilité et tout un panier de souvenirs réjouissants ou pas, des expériences passées.

Aujourd’hui il est impossible de composer et manager comme si les personnes ne s’exprimaient pas quant aux questions d’avenir et ce que telle ou telle décision leur fait. Les réunions, audits, entretiens, et dans l’opérationnel sont des niches pour les non-dits et le sournois. Certaines fortes personnalités outrepassent leurs droits pour mener à bien leurs propres intérêts, quitte à semer la terreur invisible dans l’entreprise, et avoir un impact par le pouvoir et la manipulation.

Tous peuvent être la cible de cette mauvaise intention

S’intéresser au bien-être dans l’entreprise n’est pas une perte de temps. Donner les ressources raisonnables, les clés de protection, les pistes de transformation pour éviter les types de harcèlement, décourager les personnalités manipulatrices, transformer l’énergie émotionnelle en performance, est un investissement et encore plus, un devoir.

Qu’est-ce que le chantage émotionnel

Nous pouvons parler de chantage émotionnel lorsqu’une personne utilise la sensibilité et les failles (ce qui fait qu’on puisse perdre confiance en soi, générer le doute, culpabiliser, etc.)  pour parvenir à un but qui l’arrange, à des conclusions qui sont siennes, qui déforment la réalité ou dont le résultat peut lui servir à des fins personnelles ou professionnelles. La personne visée présente en général des faiblesses émotionnelles et comportementales qui indiquent à celui qui exerce le chantage émotionnel que le terrain est propice pour ce type de pratique.

Ce chantage peut s’observer dans le langage utilisé, la tonalité, les longs silences qui mettent mal à l’aise, le regard insistant et figé, l’attitude dominante. Il peut aussi prendre d’autres formes comme la mauvaise humeur, l’autorité mal placée. La pire pour celui qui souffre de faiblesses émotionnelles, est l’indifférence, la mise à l’écart, le fait de ne pas prendre en compte ce qu’il dit, pose comme question, etc.  Il arrive parfois aussi que celui qui exerce un chantage émotionnel  pose une question, et tant qu’il n’obtient pas la réponse qui est la seule réponse possible pour lui, insiste, se fâche, accélère le rythme jusqu’à ce que sa proie abdique et opte pour la réponse souhaitée.

Dans ce type de situation, il n’existe pas d’échange favorable pour l’équité, et la négociation gagnant-gagnant. Il y a forcément un gagnant et un perdant.

D’où vient ce besoin d’agir par la pression émotionnelle

Les managers par exemple qui pratiquent le chantage émotionnel et autres formes de pression ont un besoin avide de pouvoir, de maitrise, de supériorité. Se cache derrière cette façon d’être, un sentiment d’infériorité et de manque de confiance en soi, qu’il serait dramatique pour eux de mettre à la vue de tous. Le fait que ces personnes puissent s’en prendre à vous démontre uniquement la faiblesse qu’elles ressentent par rapport à vous, et donc le danger que vous représentez pour elles. Cela peut être une personne qui doute de ses compétences, qui pensent qu’elle n’a pas l’aisance pour négocier de façon équilibrée, qui a besoin de briller et se sentir supérieure.

Etrangement, celui qui se comporte ainsi est aussi la personne qui lors d’une autre circonstance est prête à vous aider, à écouter, rend des services, etc. mais attention, la générosité même si elle peut sembler ne pas avoir de limite, est perverse. Le service rendu, le temps accordé, la confidence écoutée seront des arguments dont elle se servira plus tard pour avoir du pouvoir sur vous et vous rendre redevable.

Cette personne-là peut aussi être blessante, jouant de réflexions, d’humour mal placé, de provocation. Parfois sans s’en rendre compte, mais dans d’autres situations, en sachant tout à fait le but recherché : vous blesser et ainsi vous faire perdre le contrôle.

Par exemple, un manager peut dire à une personne de son équipe : « si vous n’acceptez pas d’œuvrer selon mes indications, je ne vois pas pourquoi je continuerai à penser à vous pour les avancements ». Si le collaborateur ressent le moindre malaise de culpabilité ou la peur d’un manque, ou de perdre, etc. Il va s’ouvrir à la menace. C’est une approche qui fonctionne facilement car il repose sur le système éducatif parental : « Si tu fais ça, je te gronde », « si tu ne fais pas ça, je ne te laisserais pas voir tes copains ».  Action = Conséquences.

A quoi reconnaitre le manipulateur en entreprise ?

  • Il emploie des expressions et paroles blessantes ;
  • Il relève surtout les erreurs, les difficultés, les échecs ;
  • Il tente devant d’autres personnes de vous mettre mal à l’aise, voire de vous piéger pour vous mettre dans une situation d’échec et vous blâmer en public ;
  • Il donne l’impression d’écouter beaucoup. Il le fait, afin de retenir tout ce que vous pourrez dire ou confier et l’utiliser le moment opportun pour vous desservir ;
  • Il ment et est convaincant dans son mensonge ;
  • Dans les questions qu’il pose, utilise surtout le « pourquoi » afin de vous faire culpabiliser ;
  • Il est donneur de leçons avec un ton directif.

Comment procède le manipulateur

Celui qui manipule sait repérer la personne avec qui il pourra jouer de ce type de pression. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, toutes les personnes qui sont abusées par ce type de relation, ne sont pas obligatoirement des personnalités faibles, soumises, effacées. Au contraire, puisque l’enjeu pour le manipulateur qui exerce un chantage ou une pression émotionnelle est de maitriser celui qui représente un danger pour lui, il va s’intéresser à des personnes souvent vives d’esprit, intelligentes, équilibrées, ouvertes et osant s’affirmer. Si à aux demandes du manipulateur, l’autre rétorque, désire négocier, défendre son avis, le manipulateur tentera immédiatement de le faire culpabiliser, et le bloquer jusqu’à ce que la pression enclenche une douleur émotionnelle si forte que la résistance se lève et l’acceptation se fait.

Le principe de punition – « si vous faites cela, je vous préviens de ce qui va arriver », ou « vous en assumerez les conséquences », « à cause de vous, … », « à cause de votre manque de coopération,  je vais être obligé de.. » – est un langage courant chez celui qui cherche à obtenir et garder le pouvoir sur l’autre.

Le risque en cédant à la pression du manipulateur en entreprise

Ceux qui entrent dans ces formes de manipulation et se laissent intimidé sont souvent des personnes qui à force de menaces prennent peur de perdre leur situation, un avantage, leur réputation, une reconnaissance, ou de subir une injustice. Alors qu’en réalité, en agissant dans le sens du manipulateur, ils donnent crédit à la plus grande injustice qui soit : le pouvoir sur l’autre.

Les personnes qui ont à subir cela peuvent avoir rencontré dans leur existence (enfance ou après) des situations de violence qui les ont traumatisés. Si elles n’ont pas surmonté psychologiquement ces épreuves et l’empreinte laissée inconsciemment, à la moindre situation où la violence, le risque de conflit apparaissent, elles cèdent au manipulateur afin de mettre fin au plus vite à cette situation qui les tétanise. La fuite dans le conflit est un des points de repère que le manipulateur n’hésitera pas à remarquer et d’en utiliser ensuite les travers psychologiques.

Qui est le plus vulnérable à ces manipulations ?

  • La personne qui attend d’une mission que les résultats le gratifient, parlent de lui, de ses compétences, de ses réussites. Celui qui a un fort besoin de reconnaissance.
  • Dans le même ordre d’idée, le collaborateur qui demande au manipulateur une évaluation de ses compétences, de ses savoirs, avec l’espoir que ce dernier se rende compte de sa valeur et le félicite. Ce qui implique un besoin de se mettre en lumière et apprécié.
  • Le timide et craintif, celui sur qui il est possible de lire la peur, l’angoisse et qui n’attend qu’une seule chose : en finir avec le conflit !
  • L’ introverti qui a une nette préférence pour le travail isolé, refusant les contacts, les idées nouvelles, et surtout la pression. Celui-ci va vite abdiquer pour avoir la paix.
  • Celui qui protège les autres, prend sur lui, assume toutes les responsabilités, même celles qui ne lui incombent pas. Il est généreux et soumis. Le manipulateur s’en servira indirectement, comme atout supplémentaire, pour parvenir à ses fins dans une cause plus importante.
  • Dans le même ordre d’idée, la personne qui ne supporte pas qu’un collègue soit mis en difficulté. Il lui vient en aide, prend sur lui, partage la douleur. Il est hyper-empathique.
  • Celui qui a perdu confiance et estime. Il a trop de points communs avec le manipulateur et risque donc de démasquer ses manques et l’origine de ses faiblesses. Il est important alors de le maitriser.
  • La personne qui doute de tout, de ce qu’elle fait, des réponses qu’elle donne, de ce qu’elle pense, etc. Un doute presque maladif qui est visible.

L’effet toxique de la manipulation : que faire ?

Au jour le jour, les contacts avec le manipulateur deviennent toxiques, viennent pomper votre énergie et vous épuiser mentalement et physiquement.  Il n’a pas de limite sinon celles que vous posez vous-même. Plus vous le laisserez agir et aller de plus en plus loin dans l’abus, plus il s’imaginera qu’il est autorisé à aller aussi loin et franchira encore et encore la ligne. C’est un profil de personnes qui transgresse les lois, les règles, les règlements intérieurs. Il œuvre pour lui, pour ses besoins, peu importe la voie et le déroulement du chemin emprunté.

Notre première réaction est de vouloir fuir ces personnes, qu’elles agissent si elles veulent, mais loin de nous ! Ce n’est pas la solution. D’une part parce qu’en fuyant vous ne vous donnez pas l’opportunité de mettre un frein à cette relation, en posant des limites, en interdisant, en vous montrant fort et en occupant votre place. D’autre part, admettons même que la personne jette son dévolu sur quelqu’un d’autre, si vous faites partie du chemin qui lui permettra d’aboutir à ses fins, à ses avantages, à son bénéfice, il continuera à vous trouver, vous harceler et avoir une emprise sur vous.

Enfin, fuir n’empêche pas de penser aux situations, aux mots qui ont été dits, aux regards qui ont été lancés. C’est un cercle vicieux qui s’installe alors dans le silence et la solitude, ouvrant la porte à l’angoisse et aux sentiments de colère. Ne pas les exprimer c’est risquer de provoquer en soi des malaises et maux physiques et psychologiques qui peuvent  être graves.

© Geneviève Krebs, pratique la psychothérapie, le coaching et la thérapie brève adaptés au monde de l’entreprise et de la personne depuis plus de 20 ans. Auteur chez Eyrolles de plusieurs livres dont “la dépendance affective au travail“, “dépendance affective : six étapes pour se prendre en mains et agir“, car oui, la dépendance affective et donc ce besoin sans fin d’être apprécié, mais aussi tout un schéma qui fait que la personne n’ait pas confiance en elle, ne voit pas sa valeur, se sente inférieur aux autres, etc… est le terrain favori du manipulateur.

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