dependance affective : les conséquences sur la performance au travail

Dépendance Affective : conséquences sur la performance au travail

On ne devient pas dépendant affectif par hasard. Le comprendre est le premier pas vers un mieux. C’est la vie qui nous amène plusieurs expériences semblables provoquant de la souffrance et de la frustration, dans le but de prendre conscience de certains de nos schémas de dépendance. Ce trouble prend sa source dans l’enfance mais la personne s’en rend souvent compte à l’âge adulte. Les causes sont propres à chacun. Il est possible d’en cumuler plusieurs même si la plus virulente est cette sensation permanente d’insécurité et de peur du vide, qui en génère d’autres tout aussi pénalisantes. Il en résulte des conséquences douloureuses pour la personne et son entourage dans tous les domaines de la vie, y compris professionnelle.

La sensation permanente d’insécurité

Au travail, la personne qui est connectée en permanence à un sentiment d’insécurité a besoin de tout vérifier, de contrôler ce qui est fait, mais aussi les personnes. Tout doit être en permanence maitrisé. Et malgré cela, l’angoisse reste là. Thierry n’a pas confiance en les autres. Il n’a pas confiance en la direction générale lorsqu’elle transmet une information ou présente une nouvelle vision stratégique. Pour lui, cela cache quelque chose et le mauvais de l’histoire va forcément surgir rapidement. Il est incapable de prendre une bonne nouvelle sans se demander où se trouve la mauvaise. L’engagement n’a aucune valeur, la parole donnée non plus. Récemment l’entreprise lui a demandé d’accueillir deux personnes qui seront prochainement affectées à la création de nouvelles lignes de transport. Il n’a pas su et n’a pas souhaité remplir ce rôle. Transmettre une bonne pratique est pour lui impensable de crainte à se faire prendre son travail. Il voit le danger partout à tel point qu’il redouble de prudence au volant de son bus (tant mieux !). Depuis son arrivée dans l’entreprise, il mange seul au réfectoire. Il se sent mieux à rester à l’écart même si comme tout le monde il a besoin aussi d’être considéré, reconnu et de partager. Mais le risque est trop grand. Il a choisi de rester éloigné tout en étant entouré, car en bon dépendant affectif qu’il est aussi, il cherche malgré tout à entourer sa solitude, de présences. Depuis le départ de la maison parentale, il n’a jamais dormi une seule fois seul chez lui. Sa femme ne l’a jamais quittée un jour. Elle est présente à chacun de ses retours à la maison. Ses enfants ne partent pas en vacances seuls. Le sentiment d’insécurité grave dans lequel vit Thierry l’empêche d’aller vers la nouveauté, de se laisser créer, de prendre des initiatives. Si ses idées étaient rejetées, il en souffrirait terriblement. Alors mieux vaut éviter. Je remarque dans notre échange que lorsque je deviens trop intrusive avec mes questions et mon envie de comprendre, il s’en défendrait presque avec une pointe d’agressivité. C’est un être blessé, qui va beaucoup mieux aujourd’hui. Sa peur de perdre la sécurité financière et donc de mettre en danger ses enfants aura été un déclencheur très bénéfique pour le motiver à entrer en introspection, en soins et travailler au changement et à la transformation.

Comprenez bien que le dépendant affectif appelé de temps à autre « personne toxique » et que l’on trouve bien égoïste, ne pensant qu’à ses préoccupations, à ses intérêts, ne gère pas ses émotions et encore moins ses peurs et ses angoisses. Il souffre de ce qu’il vit et de ce qu’il déclenche. Son manque permanent d’insécurité fait qu’il jongle avec la fuite, la tolérance, l’évitement, la panique, la recherche de l’approbation et les phobies. Bien évidemment qu’il donne l’impression d’être constamment sur la défensive, ne supportant aucune remarque ni critique. Avec lui, vous avez cette fâcheuse impression de devoir contrôler tout ce que vous dites, car il prend tout pour lui, et d’une épingle, en fait toute une histoire ! Lorsque son parcours a fait de lui un combattant, n’acceptant pas l’échec, trop humiliant pour lui, il ne lâche rien, va au bout des choses, jusqu’ à l’épuisement, mais prenant bien soin de comparer ses exploits par rapport à ceux des autres… cherchant évidemment à prouver qu’il peut être meilleur que les autres… Comme si les défis ont fait partie de sa vie et conditionnaient l’estime qu’on lui porte. Ces états émotionnels peuvent l’amener à développer des troubles de la personnalité qui méritent alors une prise en charge.

Le manque d’autonomie

Le dépendant affectif est à la base un enfant qui n’a pas été accompagné à l’autonomie de la meilleure façon qui soit. Cela s’apprend dès que nous apprenons à marcher, à manger seul, à s’ouvrir au monde et à découvrir et expérimenter. Cela continue avec les challenges de la vie d’écolier, d’étudiant, et tout ce que la vie amène sur notre chemin. L’autonomie c’est la capacité à répondre par soi-même à ses propres besoins, de savoir faire des choix, trancher, prendre des décisions, des initiatives, expérimenter, et assumer les résultats et conséquences de ses actes. Mais l’autonomie n’est pas uniquement une question de capacité à faire telle ou telle chose seul. Elle a aussi un rapport avec le développement intellectuel, l’équilibre moral, et la façon dont on évolue dans la relation avec les autres : l’affirmation de soi, l’expression, la présence, l’écoute active, l’intérêt pour les choses, l’esprit d’analyse, la prise de recul, la prise d’initiative, le positionnement pour faire un choix, le savoir-faire ensemble et le savoir faire seul. Autant de compétences relationnelles qui permettent à la personne d’expérimenter la vie, de pouvoir se sentir évoluer, de s’autoévaluer pour reconnaître sa valeur grandissante.

Pour parvenir aux prises de risques permanentes durant les premières années d’apprentissage et de découverte de la vie, et oser surmonter ses peurs, l’enfant a besoin de ses parents ou tuteurs pour l’encourager, parfois pour lui confirmer la meilleure voie à prendre, pour lui expliquer et donner du sens à une mauvaise expérience, tout en l’invitant au courage, à la persévérance et la confiance en la réussite.

Le dépendant affectif n’a pas connu cette phase. Il a été un enfant qui a dû se débrouiller seul, ou alors entouré mais de parents trop exigeants et autoritaires, ou trop absents et effacés. Des parents qui pour diverses raisons, et pas forcément avec l’intention de nuire, qui n’ont pas su poser leur présence et accompagnement sur l’estime et la confiance ne soi. Certains pensaient bien faire en challengeant les enfants, pensant que la vie du monde adulte n’est pas un monde de bisounours, et qu’il leur fallait préparer leur progéniture aux dures réalités de la vie où compétition, froideur et mauvais coups font partie du quotidien. Ces enfants là, quoiqu’ils aient pu faire, leurs résultats n’étaient jamais suffisants. Il y a aussi le parent en difficulté ou en dépression qui par manque d’énergie n’a pas pu relayer toute la joie, l’engouement et la vitalité à l’enfant pour qu’il avance avec motivation et énergie positive. Celui-ci restera souvent dans la retenue et le très peu d’intérêt. Adulte, il aura besoin d’être constamment boosté, relancé. Il y a aussi ces parents qui par éducation savent ordonner et recadrer sans jamais avoir eux-mêmes expérimenter la considération, le compliment, l’encouragement, le sentiment exprimé, partagé et la reconnaissance. Enfin, il y a aussi l’enfant qui pour une raison ou une autre, souvent un événement clé, a eu une perception ferme que ses parents ne l’aiment pas parce qu’il n’est pas assez bien, pas assez à la hauteur, moins bien que … et se dépatouille tant bien que mal de son propre chef, allant d’échec en échec, de résistance en résistance, de blocage en blocage… la peur du rejet, de l’échec et de la honte le tétanisant.

Le dépendant affectif cherche de l’aide à l’extérieur pour répondre à ses besoins et pour gérer ses peurs. Il a conscience de ses manques et souhaiterait pouvoir être autonome et s’assumer, mais il n’y arrive pas parce qu’il pense ne pas être capable de réussir, et aussi parce qu’il est terrassé par la peur de se tromper et d’échouer. Ce qui entrainerait la moquerie, un rejet supplémentaire, et le regard de l’autre méprisant.

Pour éviter d’en arriver là, il préfère se cantonner à dire et penser qu’il n’est pas capable et que pour telle et telle chose, il a besoin des autres. C’est comme cela par exemple qu’Anne une dame de 70 ans m’a dit un jour : « Je n’ai jamais su rédiger un chèque ou remplir un formulaire, ou aller seule dans une administration. Mon mari l’a toujours fait pour moi. A sa disparition, ma fille a bien tenté de m’apprendre en faisant avec moi mais je lui ai dit que non, je n’y arriverai pas. C’est elle maintenant qui fait tout ça pour moi ».

Souvent lorsque la personne reste dans l’entreprise, et pour gagner du temps et assurer l’efficacité, certains collaborateurs décident de faire pour l’autre ou à la place de l’autre. Ou voyant le dépendant affectif trop intimidé ou dans l’insécurité totale face à une procédure, de l’épauler, de lui permettre d’éviter et donc le surprotège. Le souci lorsque nous faisons pour l’autre et que nous lui permettons d’agir dans la fuite et l’évitement, nous l’empêchons par la même occasion de surmonter ses angoisses, d’expérimenter, de relativiser, d’apprendre, de comprendre, et même de réussir. C’est comme si par une intention bienveillante, nous contribuons à renforcer son blocage et éviter son système de créativité, de recherche de solutions et d’instinct de survie à se mettre en route. Laisser agir par l’expérience est pourtant le bon chemin pour lui permettre d’acquérir l’autonomie.

Et si la personne n’est pas prête, il est bon de lui rappeler qu’en entreprise il est essentiel que chacun puisse en toute autonomie, remplir ses missions. Pour aller plus loin et l’aider à avancer, lui demander le cas échéant de quoi elle a besoin pour pouvoir être autonome et efficace. Au besoin recadrer car le recadrage (respectueux) a un effet boostant sur certains dépendants affectifs, comme un ancrage d’un système parental connu ou nécessaire.

Le manque de maturité

La dépendance affective est le résultat et la conséquence directe de l’immaturité affective. Plus l’une se renforce, plus l’autre s’ancre de plus belle. Le dépendant affectif vit ses relations qu’elles soient intimes, amicales, familiales, sociales ou professionnelles sur un mode destructeur, passionnel, abusif et oppressant. Il ne sait pas manager ses émotions et maitriser ses pensées obsessionnelles. D’une seconde à l’autre à cause d’une parole, d’une intonation, d’un regard mal interprété, ses pensées peuvent être en distorsion, irréalistes, confuses et son rythme intérieur l’amener au désespoir, à la panique et à la souffrance. Ses comportements et réactions sont démesurés au point où l’entourage évite les discussions, s’arrange pour manquer les rencontres et n’entre surtout pas dans un quelconque engagement. Par sa façon d’être, même si intentionnellement le dépendant affectif ne cherche pas à faire du mal, son but est uniquement de plaire, faire plaisir, se faire apprécier, être entouré et rassuré, … il se met à l’écart des autres et maintient ceux qui sont à ses cotés dans la méfiance d’un « pètage de plombs ». C’est souvent cette expression que les familles, conjoints et collègues utilisent pour m’expliquer le caractère soudain et surprenant des réactions du dépendant affectif.

En entreprise, le dépendant affectif qui manque de maturité ne sait pas se reposer sur les faits, sur le vécu constructif, sur les réussites, sur les compétences, sur les ressources pour trouver par lui-même les solutions, la reconnaissance dont il a besoin. Il est rancunier et rabâche les vieilles histoires pour remplir le temps. Il mord et ne lâche rien. Il ne se considère pas si les autres ne l’ont pas fait à son égard. C’est un être nerveux et agité. A certains postes, cet état l’amène à être parmi les plus productifs, mais sur le temps, c’est une personne qui souffre de manque de sérénité. Là aussi, l’enfant intérieur prend toute la place avec ses peurs, ses besoins et ses caprices. Il tient les rennes, là où l’adulte devrait savoir se maitriser et se réguler.

Des blessures émotionnelles ouvertes

Nous sommes tous marqués d’une histoire de vie sur laquelle se sont inscrites des blessures émotionnelles et pour certains plus traumatisantes que pour d’autres. Ces blessures ont laissé en notre mémoire des stimuli qui se réactivent à la moindre similitude de pensée, d’émotion, de ressenti ou de situation.

Tant que nous n’avons pas travaillé à comprendre l’origine de nos traumatismes, les conséquences que ceux-ci ont sur nous, la blessure continue à faire mal, à être sensible et se rouvrir au moindre échos.

Dans le temps, une blessure émotionnelle, tout comme une blessure que l’on a mal soignée et qui cicatrise trop lentement, peut continuer à agir dans l’ombre et s’empirer, se gangréner. Même si l’infection se cache derrière une cicatrice qui semble être fermée, elle est là et continue à œuvrer. Les conséquences d’un traumatisme non traité se ressentent dans l’état émotionnel de la personne qui ne sait ni exprimer, ni gérer sa colère, sa frustration, ses peurs, sa profonde tristesse, son désarroi.

La blessure émotionnelle se réveille au travers de situations. Et là, deux choix se présentent : soit la fuite, soit affronter en profitant de l’opportunité qui est donnée de réagir différemment et donc d’obtenir un résultat différent. Le problème dans certaines expériences en entreprises n’est pas directement du à la situation de travail, mais la façon dont elle fait écho à un traumatisme d’enfance, comment elle résonne en soi et vient réveiller en douleur et en émotion, et surtout, ce que la personne en a fait : encore subir, ou en profiter pour agir différemment ?

Des peurs incontrôlées (visibles, exprimées ou sournoises)

Une partie de nos décisions et de nos comportements est basée sur la peur ressentie, la peur par anticipation ou autrement dit, la peur d’avoir peur. En prenant une décision, nous identifions les inconvénients, les pièges et les contraintes à faire tel et tel choix. Si nous n’identifions pas nos peurs, nous risquons d’inventer ou d’imaginer des contraintes qui ne sont que réelles dans la logique de nos peurs, mais qui n’ont rien à voir avec l’objet même de la décision. Fuir est souvent l’issue de secours la plus pratique et rapide à prendre pour éviter d’avoir à affronter. Chaque fois que la peur est présente dans une situation, le risque est que la réponse soit non seulement négative, mais en plus non adaptée. Il n’y a plus de place ni aux enjeux, ni au respect de soi ou des autres. Même le ridicule n’a plus aucune importance. Tant pis pour le regard des autres, l’urgence est l’évitement. Vivre en permanence dans la peur est un risque important pour la santé mentale et physique d’une personne. Le dépendant affectif doit composer au quotidien avec sa peur du vide, de la solitude, peur de perdre l’autre ou ses points de repères, peur de manquer, peur de l’abandon, peur du rejet. Peur de décevoir, de ne plus être apprécié, de ne pas être à la hauteur, peur de l’échec, de la honte et du blâme.

Quelles sont donc les peurs qui nous tiraillent, consciemment et inconsciemment ? Elles sont nombreuses peut-être :

  • La peur de manquer de temps
  • La peur de perdre quelque chose ou quelqu’un
  • La peur de la précarité et de l’insécurité
  • La peur de ne pas savoir, de ne pas être capable
  • La peur de se sentir mal
  • La peur du regard de l’autre et du jugement
  • La peur de se sentir inférieur
  • La peur de manquer d’énergie, de budget, de moyens
  • La peur de l’échec
  • La peur de souffrir
  • La peur de la solitude et du vide
  • La peur d’être démasqué
  • La peur de déranger
  • La peur du ridicule
  • Quelles sont les vôtres ? Les avez-vous déjà identifiées… surtout celles qui agissent sur votre pouvoir de décision ?

Tous les humains doivent faire face à une bataille interne entre différentes parties de soi. Par exemple, lors d’une prise de décision, une partie de soi qui a envie de progresser, d’aller de l’avant même s’il faut prendre des risques, fait face à une autre partie de soi, qui à l’inverse, stoppe toute investigation en rappelant les risques et en ne voyant que le coté négatif de la situation. Souvent c’est la porte ouverte au blocage. La personne n’arrive pas à trancher, et pourtant, même ne rien décider, c’est décider tout de même. Les conséquences sont là !

Le besoin de passionnel

Le terme « passion vient de pathere, qui évoque le fait de souffrir. Le mot travail quant à lui évoque étymologiquement la torture. Quel fin mélange pour la personne qui ne pense qu’à devoir souffrir et se sacrifier, pour avoir en retour !

La plupart des dépendants affectifs non encore conscients de leur trouble ont besoin de vivre avec passion, sinon ils ont cette impression que si l’intensité n’y est pas, alors cela veut dire que sentiment ou considération n’y sont pas non plus. Ils ont besoin de preuves et cela avec récurrence, car même données, elles ne suffisent pas. Le doute règne encore et le besoin est non assouvi.

Tout est vécu avec passion, dans le domaine professionnel aussi. C’est ici que l’on retrouve le dépendant affectif très investi, passionné par un projet, presque trop ! Il se donne avec engouement, créativité, génie parfois. Il a besoin d’être fasciné et espère que les autres le seront de ses performances et idées. Il a envie de rêver d’un nouveau tournant, d’une vie meilleure, de tous les possibles répondant à ses besoins et attentes. Toute idée négative ou destructrice le fait paniquer. Il la rejette, n’en tient pas compte. L’évaluation des risques n’est pas faite pour ce dépendant affectif, là. Il saura aller bien au-delà de ses limites, dépasser ponctuellement certaines de ses peurs ou manques, franchir des montagnes et révéler ses talents, uniquement pour prouver que c’est possible. Il a besoin de sensations fortes et se sentir emporté par le projet. Il espère développer le charisme et leadership nécessaire à emmener les autres avec lui, et en même temps ne supporte aucun rival, aucune critique ou suggestion. C’est lui qui doit mener la barque.

Le dépendant affectif qui prend conscience de ses comportements et qui a eu l’occasion de poser un regard détaché sur des périodes de souffrance à répétition, considère la passion comme destructrice, en amour, en amitié et souvent partout ailleurs, dans les autres domaines de vie. Du coup, il vit sur la réserve, n’osant plus ni s’ouvrir, ni s’engager, ni s’investir. Il s’est rendu compte qu’entre les autres et lui, la différence est de taille et que sa folie passionnelle n’avait rien de plus qu’une recherche narcissique : s’y retrouver ! Avoir en retour des regards impressionnés, admirés. Le jeu ne se fait pas au même niveau, car l’intention n’y est pas, l’investissement à outrance mal compris et donc jugé, et lorsque les critiques fusent, c’est la déception assurée. Reste à en tirer les leçons et surtout à se relever d’une expérience exaltante sur le moment, mais qui entraine doucement vers un décalage d’intérêt que le dépendant affectif nomme : la honte, la différence.

Le manque de confiance en soi

Dans le monde de l’entreprise, pour gagner la confiance de ses clients et de ses collaborateurs, il faut commencer par se faire confiance à soi-même. Pourtant avoir confiance en soi, c’est parfois difficile, surtout quand existe un risque conjoncturel par lequel il peut être question de licenciements, re-positionnement d’activité et changements en tous genres. Tout est alors à reconstruire, à comprendre et à expliquer en donnant un nouveau sens. La même personne qui hier était sous les feux de la rampe peut se retrouver dans l’ombre. Une image de soi suite à un échec peut amener la personne dans une grande solitude et dans un repli total sur elle-même. Avec tout ce que nous avons évoqué jusque-là par rapport à la dépendance affective, on imagine assez facilement la difficulté et surtout l’angoisse dans laquelle le dépendant affectif doit avancer dans un tel contexte. Comment peut-il un instant oublier de se dévaloriser et de douter ? Lui qui à la base a déjà si peu confiance en lui, comment regagner l’once d’une confiance en soi quand tout l’environnement professionnel est en perpétuel changement ?

La confiance en soi n’est pas un sentiment inné. C’est ce que nous faisons chacun de notre vie qui constitue l’expérience et l’affirmation de soi plus ou moins développées. L’ambition, la curiosité, l’envie d’avancer, de créer, d’innover sont autant d’actions qui permettent à l’individu de se construire. Une relation avec qui que ce soit est normalement basée sur la confiance, l’échange et le respect. Pourtant le conflit existe aussi dans les entreprises, entre collègues, avec la hiérarchie et même avec les clients. La relation client-fournisseur (interne ou externe) laisse parfois la place à des rapports de forces et de manipulation. Et à ce moment là, en pleine crise, êtes-vous du genre à imaginer que tous les regards sont braqués sur vous ou plutôt du style bien dans vos baskets, défiant tous les regards et toutes les critiques ? Etes-vous plutôt du genre… « je n’y arriverai jamais. J’ai tout le monde contre moi ! » ou bien « Encore quelques arguments plus factuels, et ils seront convaincus ! ». Dès notre petite enfance, nous construisons notre personnalité à partir de l’expérience. Evidemment cela passe par des réussites mais aussi par des échecs. L’accompagnement de nos parents nous encouragent dans nos apprentissages et leur rôle de coach peut donner à l’enfant la force et le courage nécessaires pour surmonter les échecs. Le manque de confiance ressenti par un adulte, que ce soit dans sa vie professionnelle, amoureuse, familiale ou sociale, peut avoir son origine dans le comportement négatif de ses parents. Des parents qui blâment un enfant de ne pas réussir à faire quelque chose que son frère a lui, réussi à faire du premier coup au même âge, peut être extrêmement déstabilisant. Surtout si le schéma de comparaison devient une habitude. L’enfant se sent alors coupable de ne pas atteindre la performance attendue. Du coup l’image qu’il garde de lui en grandissant n’est jamais assez satisfaisante. Plus tard, il interprétera mal chaque parole de son entourage, toute critique même constructive se fera l’écho d’un reproche et d’un jugement. Il émettra lui-même un jugement dévalorisant sur sa propre personne y compris dans ce qu’il réussit. Rien n’est jamais assez bien. Rien n’est opportunité. Rien n’est possible ! la confiance en soi est étroitement liée à l’estime de soi.

C’est l’état d’esprit et la culture de l’entreprise qui peuvent faire en sorte d’aider les collaborateurs à regagner confiance en eux. La plupart du temps, les objectifs fixés dans les entreprises restent encore utopiques et irréalisables. Rien de pire pour une personne qui manque de confiance en elle, que de se fixer des objectifs qui ne dépendant pas d’elle ou dont les moyens nécessaires pour réussir, sont inabordables. Fixer des objectifs réalisables, qui dépendent en grande partie de la personne concernée, dont les résultats sont mesurables, et dont le contexte peut être parfaitement défini augmente les chances de réussir et aide la personne à programmer et envisager un but plus important encore, la prochaine fois. A chaque réussite, un peu de confiance retrouvée.

Je constate un grand pas de par la volonté des organismes à être de plus en plus orientées vers l’humain. La prise en compte de l’individu au travers de ses capacités, son identité, ses valeurs et ses émotions fait partie de nouvelles démarches de management. Ce grand pas en avant a un effet très bénéfique sur la personne qui ose prendre en compte ce qu’elle ressent et réagir en fonction. C’est un encouragement au travail sur soi et à la recherche de l’harmonie et du plaisir au travail. Quand les indicateurs d’absentéisme sont à la hausse pour des raisons de mal-être ou de maladies liées au stress et à la démotivation, le développement personnel en entreprise a un rôle à jouer qui est primordiale. L’émotion limitante peut devenir une force tout comme le management des émotions un levier pour la performance et le bien-être.

L’incapacité à reconnaître sa propre valeur

Cette histoire de « reconnaître sa propre valeur » me fait immédiatement penser à François, cet homme de la cinquantaine, riche d’un parcours professionnel d’une trentaine d’années, mais qui a comme arrêté de vibrer (j’allais presque écrire « de vivre ») lorsque tout a basculé dans sa vie alors qu’il avait trente ans. Balluchon en mains, il part pour le Moyen Orient quelques centaines de francs en poche fêter ses vingt ans à Tel-Aviv où il avait accepté d’assurer la grande saison estivale dans un kibboutz. La première fois qu’il partait réellement de chez ses parents, non sans la boule au ventre, et en même temps que pouvait-il lui arriver de mieux, que le voyage, l’animation, la musique, une ambiance de fête et de vacances, un cadre fermé et sécurisé, et le soleil bien sûr ! Un air de déjà vu quand dans ces années là, sur toutes les radios on nous sert du Darladirladada Ya du soleil et des nanas… J

L’été aura porté le jeune François vers une belle maturité, une expérience à part qui lui a permis de s’ouvrir au monde, à s’adapter aux moyens du bord, à jouer au mieux avec la fête et la joie pour que surtout l’angoisse des bombes un peu plus loin n’impacte pas trop sur le temps des vacances… Il aura rencontré des gens formidables. Il aura aussi rencontré l’amour et eu la chance de savoir que l’animation et la musique faisaient partis de lui. De retour en France, chez ses parents installés en province, il ne prend que le temps de poser ses affaires, de raconter à cent à l’heure toute les grandes étapes de ses vacances et de supplier son père de bien vouloir l’épauler dans son projet de devenir animateur radio. Tout était prêt. Il avait tout : école, formulaire d’inscription, plan de logement… Il fallait juste signer ! Cette énergie d’engouement, François l’a vécue le temps de ses études et durant les huit années qui poursuivirent. Un parcours à part, entre études, gratte dans le métro, rencontres de personnages marginaux et d’autres dits plus respectueux. A l’aube de l’émergence de la radio FM, il a sa chance et vit des années fabuleuses au sein d’une équipe de chroniqueurs, d’un esprit libre, fou, et créatif ! La liberté et le plaisir comme ligne directrice pourvu que l’auditeur y trouve son compte et que l’ambiance soit bonne avec les copains. Ce matin là deux nouvelles rayent le disque vinyle … Son amoureuse lui annonce la bonne nouvelle : il allait être papa, et son papa à lui, ce papa qui jusque là n’a jamais rien sollicité, lui dit : « Viens m’aider ! L’entreprise familiale a besoin de toi ! En plus tu vas être père. Il te faut assurer ». Quel dilemme ! Quel choc ! Quel choix impensable à faire ! Laisser derrière soi le monde de ses rêves, au moment même où la notoriété est là, certes avec une vie un peu décousue, faites de bringues après les prises d’antennes, … c’était un peu l’adolescence qui continuait… mais de là à quitter tout cela pour se retrouver en cravate derrière un bureau à développer le portefeuille client d’une industrie de vingt personnes … en province, ok, mais alors là, réellement en pleine cambrousse … il y avait de quoi fondre en larmes. Après des jours de réflexion à se repasser le film « Viens, j’ai besoin de toi », « Tu vas être père, il te faut assumer », « Ta vie n’est qu’une fête depuis que tu as quinze ans. Il est temps de te réveiller » … alors oui, il aura cédé au discours de l’injonction et du recadrage. Certes les bons résultats au niveau du développement de l’entreprise familiale lui auront permis de s’asseoir dans le confort et s’autoriser quelques plaisirs en famille, mais il n’aura jamais quitté la nostalgie de ses années de bonheur et surtout ce sentiment amer d’avoir lui-même trahi ses propres rêves ! Plus de vingt ans à avoir managé une équipe, posé des lignes stratégiques de développement d’affaires, réorganisé les activités, contribué à l’image de l’entreprise… et pourtant rien n’y fait, aujourd’hui que l’entreprise est vendue, papa étant parti à la retraite, c’est vers le néant que François se projette. Incapable de reconnaître sa propre valeur et en quoi il pourrait apporter une valeur ajoutée à une entreprise. A cinquante ans passés, qu’a-t-il encore à apporter ? Totalement dépassé dans le monde de ses rêves, même si la tendance est de resservir des tubes des années 80 à tout va ! Il est trop vieux pour le monde industriel, et d’ailleurs en a-t-il eu réellement envie un jour ? C’est le néant complet. Il vit en deçà de ses capacités. Il pense petit. Il vit petitement, comme s’il se posait en marginal. Il est en sourdine et se pose physiquement en retrait à chaque discussion à propos d’avenir, d’envie, de projet, et de rêves. Au lieu de prendre conscience de sa valeur et de ses capacités à transmettre son expérience, la capitaliser et se dire que vient enfin l’opportunité de construire un projet qui lui ressemble, il est prêt à accepter des situations qui ne lui plaisent pas. Il ne s’autorise pas à plus et mieux, et évite de briller… alors qu’il adore ça ! La bouteille facile, lorsque la concentration vacille, c’est là qu’il se délecte à dire du mal de lui-même, de s’envoyer quelques noms d’oiseaux comme s’il se méprisait. Il reprend les quelques compliments qui fusent à son égard, en gérant au mieux la partie interne de lui qui sourie et se souvient, et une autre qui dit « laisse tomber j’suis qu’un nul ». Il finit par minimiser toute son expérience, comme si tout ce parcours n’était rien, sans goût, sans valeur, comme s’il n’avait rien vécu, traversé, appris, exploré. Lui reste ses sensations, ses émotions et souvenirs… et peut-être « quand j’aurais réussi à faire ceci ou cela, alors là, je pourrais dire que peut-être je vaux à nouveau quelque chose » …

« Personne ne peut vous faire sentir inférieur sans votre consentement »
Eleanor Roosevelt

Le besoin d’être dans le contrôle

Quand au travail et aussi à la maison et même chez les autres, rien ne vous échappe et que c’est plus fort que vous, vous devez vous occuper de tout, être au courant de tout, et tout superviser, alors oui, vous faites surement partie de ces personnes qui pour se protéger ont besoin d’être dans le contrôle. On dit de vous que vous êtes perfectionniste, agaçant, intrusif, coincé, borné, et que votre façon d’être doit surement cacher quelque chose de profond, comme un traumatisme par exemple ? Une peur que cela recommence ? Un moyen de ne plus subir ? Un moyen de vous défendre ou d’éviter ? Oui, pudeur, inquiétude, peur d’être déçu, abusé, ou de ne pas savoir comment réagir, ou peur de perdre quelque chose ou quelqu’un, il y a mille raisons pour expliquer le besoin d’être dans le contrôle pour un dépendant affectif. Ne rien laisser transparaitre, exactement comme il a été demandé durant l’enfance : « ne fais pas de bruit. Tais-toi ! », « ne pleure pas ! », « arrête de rire comme ça ! « . Rien ne doit être remarqué, ni des émotions, ni des sensations. Rires comme pleurs doivent être refoulés, alors même que le plus grand besoin est l’échange, la reconnaissance, le partage, et l’appréciation. Quelle violence !

Rester à la marge par le contrôle rassure et permet d’éviter tous les risques. Et en même temps, être dans l’hyper-contrôle isole la personne, qui est souvent maintenue à l’écart par agacement de son entourage et méfiance de ses réelles intentions. S’il s’agit d’un besoin compulsif, sachez qu’il ne part jamais d’un mauvais sentiment à l’égard des autres. Mais uniquement d’user de pouvoir sur soi et pour soi, afin d’agir en cas de besoin et non d’avoir à subir. La maitrise de soi doit dans ce cas parfois passer par la maitrise des autres, même si, on le sait bien, personne n’a aucun pouvoir sur les autres, mis à part celui d’influencer. Reste au dépendant affectif, la peur comme moteur de chaque instant et le pouvoir de se maitriser lui-même au niveau de ses émotions, de ses sensations et de ses actions, et pour le reste, en entreprise, maitriser et contrôler les tâches, les résultats, les procédures, la communication, l’information, et manipuler les relations pour mieux les contrôler et en maitriser les risques. Il a un besoin si important de protection émotionnelle et affective, et pourtant en agissant de la sorte, n’a pas conscience que tout est posé pour aggraver son manque affectif, et le mettre en danger émotionnel. Quel épuisement affligé à soi-même !

Celui qui a besoin de contrôler est vu comme un perfectionniste dans le monde de l’entreprise. Rien n’est jamais assez bien ou suffisamment prêt et terminé pour pouvoir rendre un dossier. Rien n’est jamais comme il le faudrait quand une mission est déléguée. Personne n’est capable de mener à bien un projet aussi bien que lui pourrait le faire. Car au moins avec lui, rien n’est laissé au hasard, tout est sous contrôle, sans mauvaise surprise, bouclé comme il se doit ! Tous les risques et obstacles possibles sont imaginés en amont pour limiter au maximum les désillusions, les souffrances, les échecs, les attaques. Rien de mieux pour s’assurer de réussir. De toutes les façons, il n’y a pas d’autres alternatives possibles. Il faut réussir. Mais même réussir, souvent, ne suffit pas ! Je vous laisse deviner les conséquences d’un tel rythme vécu dans le stress et l’angoisse permanente. De grâce faites-vous aider, ou si vous êtes manager et remarquez ce type de comportement compulsif, proposez l’aide et le soutien de la médecine du travail qui saura orienter le collaborateur vers le meilleur spécialiste. Ce comportement peut avoir des conséquences néfastes sur la santé de celui qui le vit, et aussi sur ses relations.

« Il vient un moment dans chacune de nos vies, où le contrôle des événements qui nous permet de rester raisonnable nous glisse entre les doigts »
Revenge – Emily Thorne

Le besoin d’excellence, d’être mieux, de se comparer, d’être plus… performant, mais surtout plus apprécié

Aucun succès ne semble le satisfaire… du moins pas plus d’une fraction de seconde. Ce collaborateur pense et rêve performance, excellente et première place. C’est une obsession ! Son désir de se différencier et d’être le meilleur le mène bien sûr à vouloir progresser et se surpasser en permanence, ce qui est plutôt flatteur pour une entreprise, mais gare, s’il n’y parvient pas ou s’il est vexé dans son amour propre : la honte lui fait donner la rage !

Il n’est pas né comme ça, Jérémy mais son enfance n’a pas été des plus sereine et réjouissante. S’il ne parvenait pas à obtenir la première place à l’école, de façon permanente, c’est l’indifférence qu’on lui servait en guise de dîner. S’il venant avec des félicitations, mais que d’autres les aient eus également, honte à lui de ne pas être l’unique. Première place, deuxième place, ou rien, de toutes les façons, les exigences de ses parents étaient si irréalistes qu’il a passé son enfance à courir derrière leur amour conditionnel et pauvre. Le schéma de l’amour parental est inscrit toute la vie durant, de façon inconsciente.

Le but ultime d’un enfant est d’être aimé de ses parents, voire préféré s’il a des frères et sœurs. C’est un combat naturel et normal. Aux parents ensuite, de le rassurer, de vivre l’amour inconditionnel, de l’aider à avancer dans la confiance et la sérénité, et même de se sentir heureux et tranquille d’avoir à partager l’amour de ses parents avec un frère ou une sœur. Le rôle parental est essentiel dans l’équilibre de l’enfant. Tout se joue à ces âges, car ensuite tout se transfert dans le monde adulte, jusqu’au jour où on fait des liens avec l’origine et la conséquence et que l’on décide pour soi, qu’il en soit autrement.

Etre le préféré ; Etre exemplaire ; Etre l’unique ; Etre à l’heure ; Etre Etre Etre … sinon aucun intérêt ! Mais quelle place y a-t-il dans tout cela juste pour être soi, et être aimé juste parce qu’on est ?

Dans un tel système familial, la culpabilisation est le moyen quotidien pour faire avancer l’enfant dans la direction souhaitée, en le brimant, en le rabaissant, en le blâmant. Il s’agit de violences psychologiques qui provoquent de graves traumatismes et mène la personne une fois adulte, à un surmenage toute la vie durant. Le perfectionniste n’éprouve jamais de satisfaction. Il n’a jamais été ni félicité, ni reconnu, ni rassuré, ni encouragé. Jamais personne ne s’est posé un seul instant pour lui consacrer un moment spécial, juste pour dire : « Bravo ! Je suis fier de toi ! ».

C’est un combat sans fin que le dépendant affectif mène sans jamais trouver satisfaction. C’est tout un travail personnel à mener pour renverser la situation.

Une sensibilité particulière au regard des autres, à la critique, au jugement

Le dépendant affectif veut plaire à tout le monde. Décevoir, déplaire, être critiqué, rejeté ou abandonné est sa plus grande hantise. Alors toutes ses décisions, comportements et actions vont être choisis dans le but de satisfaire les autres, d’être considéré et de plaire. Et tant pis s’il en perd sa spontanéité, son authenticité et son intégrité.

Le dépendant affectif prend tout pour lui. Il se sent visé par chaque regard, mimique ou réflexion, comme s’il était le centre d’intérêt unique des autres. C’est une façon de penser égocentrique. Sa peur de mal faire et d’en être rejeté est telle qu’à la moindre faille, il est paniqué à l’idée d’un jugement ou d’une moquerie. Tout est pris comme une attaque personnelle. Chaque parole est distordue et interprétée. Le regard des autres accentue son sentiment de persécution.

Recevoir une critique peut susciter en nous un sentiment de culpabilité. Et lorsque cela est vécu de façon répétitive, c’est un bourreau interne que nous faisons naitre en nous. C’est lui qui par les jugements internes et des injonctions que nous nous affligeons, nous pousse à l’échec, au mauvais comportement, à l’absence d’attention, au mal-agir, à la tétanie d’action, à la procrastination, à l’auto-sabotage, comme si nous ne méritions pas d’être satisfait et heureux. Comme si la seule autorisation tournait autour de la souffrance et du sacrifice. Mais voilà, le système d’auto-sabotage n’est pas facilement avouable. Il est plus pratique de mettre l’extérieur en porte à faut et ensuite de se victimiser.

Le regard des autres est important pour le dépendant affectif car il a besoin d’une référence externe pour s’évaluer, se comparer. C’est ainsi qu’il se sous-estime et se rabaisse en son for intérieur.

Une hypersensibilité permanente

Le dépendant affectif ne nait pas avec. L’hypersensibilité chez lui n’a rien de génétique. Il évolue dans ce sens et a développé cette autre façon de ressentir le monde autour de lui. Pour lui, tout prend une dimension plus intense, comme parfois perçue comme exagérée. Son hypersensibilité fait parfois rire, et en finalité devient lourde pour l’entourage qui ne comprend pas qu’il puisse être aussi déconnecté de la normale. Ses attitudes de repli, voire il se recroqueville à la moindre tension, sans parler du conflit qui le fait fuir immédiatement.

Chez lui, cet état est la résultante de ses angoisses permanentes qui ne lui permettent que très peu de récupération physique et mentale. Sa vie est compliquée entre faire faire faire pour avoir de la considération, être être être pour être apprécié, contrôler et maitriser pour limiter les risques, manipuler pour fuir la peur de l’abandon et du vide.

Son extrême fatigue le rend hypersensible aux remarques, aux regards, à une situation nouvelle, face à une peur, face au bruit, ou au milieu de trop de gens… Tous ces sens sont exacerbés et ses réactions émotionnelles sont immédiates : la colère, la fuite en se repliant sur lui ou en quittant les lieux, les pleurs, et le désarroi.

L’injustice est une antivaleur qui l’affecte violemment et profondément. Il s’en rend malade, s’indigne, défend la cause de façon si poussée qu’il finit par se dire qu’il est différent du monde, et que la solitude est finalement le seul état qui lui convient, même si c’est aussi une des plus grandes terreurs de sa vie.

Son hypersensibilité lui permet d’être un collaborateur très créatif, qui a de nombreuses idées, en parle énormément, tente de convaincre, se fait expert, … Il est souvent en décalage. Correctement compris, son apport est précieux.

Le besoin d’interpréter, de déformer, de faire son film

Nous construisons tous notre réalité en fonction de notre histoire, de nos croyances et des décisions internes que nous prenons. C’est pour cela que la perception du monde peut être différente d’une personne à une autre. Le dépendant affectif qui se laisse malmener par ses peurs se fait souvent des films en s’inventant des histoires, des explications, des scénarios les plus improbables qui soient. En cas d’absence de réponse à l’un de ses appels téléphoniques, il s’imagine tout de suite la situation la plus tragique qui soit. C’est une certaine forme de paranoïa, car l’explication pour lui est forcément négative et contre lui. Et comme il est hypersensible, son film devient réalité, et la réaction émotionnelle aussi. Panique, extrême tristesse jusqu’à provoquer une crise d’angoisse. C’est la fin du monde à chaque fois !

Chacun de nous vit un jour ou l’autre une expérience de malentendus dans notre entourage personnel ou professionnel. Une fois que l’explication est posée, chacun en rit ou se trouve soulagé. Pour le dépendant affectif, il n’existe pas de malentendu. Tout est vérité et manigance contre lui, pour lui faire du mal, et parce qu’il n’est pas apprécié. C’est une façon de réagir qui est pénible pour l’entourage qui se sent accusé à tort et dont la confiance est mise à mal.

Ce terrain là est une aubaine pour le pervers manipulateur et destructeur. Il sait combien le dépendant affectif sait se faire des films. Il en joue pour le faire tourner en bourrique, le montrer du doigt et le blâmer devant le monde. Il revient sur les anecdotes passées et le fait culpabiliser de sa façon d’être et lui affirme qu’il devrait avoir honte de faire souffrir ainsi les gens qui n’ont rien fait.

Le grand travail pour le dépendant affectif, est de prendre le temps, surtout d’éviter d’agir lorsqu’il est en état de grand stress et qu’il ne se contrôle plus. Prendre du temps pour prendre de la hauteur, reconsidérer les faits, poser les évidences, et se fixer des limites. Et surtout se dire que forcément viendra le moment, où tout va s’éclaircir, où l’explication de la vérité viendra tout remettre en place.

Observez combien de fois ce genre de situations a pu arriver, et qu’au final, vous vous êtes fait du mal pour rien du tout.

Le besoin de sauver les autres, les situations dans l’attente d’un retour

A l’origine cette relation de co-dépendance relève d’un enfant à qui il a été demandé l’impensable : soit s’occuper d’un parent dépressif et ainsi devenir parent de son propre parent, sans évidemment y parvenir ; soit être responsable avant l’âge d’une fratrie (l’inconvénient parfois d’être l’ainé), soit la culpabilité installée par soi-même de n’avoir pu sauver une personne ou une situation particulière et d’en garder inconsciemment la mission à mener et à terminer, à s’en oublier soi-même.

A partir de tels déclencheurs, il est difficile d’abandonner le fantasme d’être le tout puissant, celui à qui l’on vient dire, et qui forcément aura l’écoute, la solution, et sans que personne ne demande rien, aura devancé les attentes et les besoins, et se sera sacrifié pour y répondre.

Ce trouble du sauveur amène dans la relation à l’autre, un déséquilibre entre le « donner et recevoir ». L’apport est tel qu’il est considéré comme un surinvestissement, un sacrifice, et du coup, il est quasiment impossible pour celui qui reçoit de pouvoir s’acquitter de sa dette. Il reste redevable et cette situation donne puissance et tout pouvoir à celui qui sauve. Dans la plupart des cas, celui qui reçoit ne se rend même pas compte de ce qu’il a reçu, car à la base, il est venu se confier mais n’a rien demandé de la sorte… Personne n’avait évoqué un tel sacrifice. Mais celui qui sauve ne le fait pas par simple charité, excès de bonté, ou simple générosité. Il agit par besoin de reconnaissance, par envie d’être admiré, par attente de haute considération, félicitations et remerciements à n’en plus finir. Tout ce qu’il ne parvient pas à s’apporter par lui-même. Il rêve de changer les autres alors que l’autre, même s’il traverse une période de vie compliquée, n’a pas forcément envie de changer.

Dans une relation amoureuse, celui qui a besoin de sauver, choisira de relation en relation, un partenaire fragile ou en grande difficulté. Le terrain d’une possible aide est là et tout est bien comme cela.

Au travail, le réflexe premier est de se rapprocher du collègue qui semble être en difficulté afin de pouvoir le conseiller, lui apporter des solutions, devenir son confident, et ainsi avoir l’aval sur lui.

Il se présente ici comme un besoin incontrôlable que l’autre ait besoin de moi. Ce fonctionnement devient pathologique lorsque la relation est conditionnée par ce besoin et que les attirances se font uniquement s’il y a une possibilité de pouvoir sauver l’autre. Ce sont évidemment des relations vouées à l’échec car à la base elles ne sont pas authentiques, ni équilibrées, et le respect des deux personnes n’est pas : le sauveur s’oublie, et l’aidé reçoit trop, alors qu’il n’a rien demandé. Dans cette configuration, il y a forcément une personne qui prend le pouvoir sur l’autre.

Le sauveur sauve et re-sauve encore. Il en oublie ses propres besoins et son épanouissement. Lui ne sait pas exprimer, et encore moins demander. Même s’il savait, il ne le ferait pas. Il n’y avait pas de place ni d’écoute pour cela lorsqu’il était enfant. Il espère à chaque sauvetage qu’un retour naturel arrive, et se sent frustré et déçu à chaque histoire du manque de retour. C’est alors qu’il change d’attitude, fait des reproches, et casse la relation. Mais avant d’en arriver là, il aura donné plusieurs chances à celui qui reçoit de pouvoir s’acquitter de sa dette en s’intéressant à lui et en lui rendant la normale reconnaissance qu’il mérite, mais comme rien ne vient, le sauveur va voir plus loin, qui aura besoin de lui. C’est une recherche épuisante d’un éternel recommencement.

Dans ce cas précis, le co-dépendant a besoin de travailler son enfance pour se libérer de l’histoire qui l’emprisonne dans ce schéma.

L’impatience

Le dépendant affectif est une personne très impatiente, qui veut tout et tout de suite ! Gardons à l’esprit qu’elle est immature du point de vue affectif et donc a besoin de preuves d’amour, de considération et de reconnaissance, tout comme un assoiffé a besoin de boire tout de suite, sans attendre. Son exigence est grande et son agressivité aussi quand il a cette sensation, réelle ou imaginée, de n’être pris en compte et apprécié.

La dépendance affective est comme une addiction. Tel un drogué, la personne a besoin de sa dose, et comme celle-ci ne suffit jamais, sa quête est un éternel recommencement jusqu’à lasser son entourage. Il ne supporte pas d’attendre surtout lorsqu’il est pris par l’angoisse. Il veut des nouvelles sur le champ, une réponse tout de suite ! En entreprise, c’est le collaborateur qui s’indigne de n’avoir réponse à son mail à peine l’a-t-il envoyé ! C’est celui qui a une idée à la seconde, monte x projets et se lassent que rien n’avance assez vite, et donc abandonne avant même le projet amorcé, quand il ne quitte pas carrément l’entreprise !

C’est une personne qui enfant, bébé, n’a pas appris à supporter l’absence de sa mère (ou des parents) car celle-ci (ou ceux-ci) ont toujours devancé ses besoins, et donc l’état de manque n’a pas été apprivoisé, et contrôlé. Evidemment que derrière le besoin d’urgence que vit le dépendant affectif, s’animent quelques émotions internes refoulées et des pulsions comportementales, comme : le besoin de contrôler, de maitriser, d’avoir une emprise sur l’autre, le contexte, le temps, les événements…

Les études épidémiologiques montrent que les personnalités intolérantes à la frustration sont de plus en plus nombreuses. Selon le psychiatre Jean Cottraux, nous vivons dans une culture de l’impulsivité, et la génération « zapping » ne met plus de distance entre désir et satisfaction immédiate. Pour preuve, une des publicités pour le haut débit dont le message est : « Je ne supporte pas d’attendre, surtout sur Internet ! ».

L’état d’être du dépendant affectif est donc encouragé et renforcé par l’intolérance à la frustration que nous vivons dans notre actuelle culture. Ce qui ne l’encourage pas à s’orienter vers une thérapie comportementale pour lui permettre de sortir de ce fonctionnement qui le fait souffrir. Il aurait pourtant fort à gagner que de savoir utiliser l’attente pour laisser murir ses projets, poser les bonnes décisions, et identifier les opportunités qui se présentent.

Un tempérament de panique : mauvaise gestion des angoisses

L’angoisse n’a rien à voir avec la gestion du stress ou de la peur. Le stress et la peur peuvent nous booster en nous permettant de préparer une action, d’en éviter les risques ou l’objet même de nos peurs et de notre stress. Tandis que l’angoisse qui se traduit sous forme de panique peut intervenir qu’il y ait un déclencheur ou pas, que l’on s’y attende ou pas. L’anxiété ne touche pas que l’aspect psychologique mais aussi le physique de la personne par des signes réels comme : les jambes flagada, des palpitations, un manque de souffle, des maux de ventre, des tremblements, une oppression au niveau de la poitrine, un assèchement de la bouche. Des signes qui très souvent mènent la personne à consulter son médecin voire de se rendre aux urgences de l’hôpital. Et parfois cela est préférable, pour écarter tous risques autres de santé. Toutes les peurs à ce moment de la crise sont amplifiées et il est impossible de se raisonner. L’attaque de panique et la crise d’angoisse peuvent présenter un caractère chronique, et surprendre. Il faut du temps pour les apprivoiser, et savoir s’autogérer.

Ne jugez pas trop rapidement le dépendant affectif dans ses moments de troubles. Le combat qu’il mène face à l’angoisse et la panique est quasi permanent. C’est un état qui est très difficile à vivre. Les jugements ou l’ironie portée sur le fondement irrationnel de ces états, ne fait qu’accentuer leur sentiment d’être incompris et seul. Donc aggrave leur trouble de la dépendance affective.

Ses pensées sont tournantes et l’épuisent. Ses tourments face à l’objet ou la personne sur qui il pose sa dépendance sont destructeurs. Ses peurs conditionnent ses pensées qui elles-mêmes conditionnent ses peurs. C’est un cercle vicieux. Ruminer déclenche des comportements précis de crise d’angoisse et accentue des émotions internes très désagréables.

Etre en spectacle devant ses collègues provoque un immense sentiment de gène, renforce encore le sentiment d’infériorité et de solitude. Alors que les « calme-toi » ne servent à rien dans ces situations, tout le contexte de la scène ne fait qu’aggraver le trouble de la dépendance affective, en renforçant le manque d’estime de soi, et le pouvoir donné aux autres d’un regard diminuant sur soi.

Le mieux à faire est d’isoler la personne, d’appeler un secours médical, d’écouter, de rassurer, et de dédramatiser quant à l’impact que cela peut avoir pour l’entreprise. L’important restant la santé et le mieux-être de la personne.

©Geneviève Krebs, spécialiste de l’accompagnement du trouble de la dépendance affective, et auteur du bestseller “Dépendance affective : six étapes pour se prendre en mains et agir” et “Dépendance affective au travail” parus chez Eyrolles.