dépendance affective au travail

COMPRENDRE L’IMPACT DE LA DÉPENDANCE AFFECTIVE AU TRAVAIL

Nous sommes nombreux à avoir connu ou repéré un jour un collègue de travail qui dépendait totalement d’une personne ou d’un groupe, incapable de savoir évaluer par lui-même si son travail est bien fait ou pas, ou à s’auto-gérer. Et ne parlons pas de celui qui reste bloqué dans l’ambivalence, tétanisé à l’idée de devoir faire un choix, ou de poser une décision sans laisser place au doute.

Accro des autres dans la gestion des émotions et dans le besoin d’être rassuré pour se dire qu’il est sur le bon chemin.

Dépendant du Net pour avoir le sentiment qu’il est entouré, qu’il est important, qu’il a un rôle à tenir, une vie à mener, celle visible derrière l’écran, celle qui permet la liberté de fuir ses démons.

Obsédé qu’il est du travail à s’en mettre beaucoup sur le dos, à se surmener et se sentir submergé par le quotidien, débordé par les responsabilités, mais qui, pour rien au monde ne confierait l’once d’une miette d’un dossier à traiter, pour garder l’avantage de la reconnaissance, de l’admiration et des louanges venant des clients et des équipes.

Cet adulte que nous avons connu, ou qui est peut-être sous nos yeux, ou vous peut-être… est un enfant qui a manqué d’attention, à qui il a été demandé de force ou par absence, de cohabiter trop fréquemment avec l’insécurité, la prise de risque, le choix à fort enjeu pour son tout jeune âge. C’est un petit qui a été laissé pour compte, ou au contraire à qui il a été trop demandé, exigé… et dont les efforts et les réussites ne suffisaient jamais à générer une satisfaction et des encouragements. C’est un enfant qui a grandi comme livré à lui-même, ressentant la solitude depuis le lever du matin, à l’absence de câlins pour dire « Bonjour. Je suis heureux de te voir. As-tu bien dormi ? »… Non cet enfant-là est pris dans le fil du temps qui va vite, de la compétition qui fait peur, du manque de soutien qui permet la réussite scolaire, du manque d’aide pour rendre plus faciles les tâches de la vie quotidienne d’un petit. Responsabilité, engagement, positionnement, performance et excellence ont été demandés à ces enfants-là en échange peut-être d’une considération, peut-être… ou très souvent, pas.

C’est un enfant qui a appris à faire beaucoup pour peu de résultats. C’est une personne qui flirte depuis le plus jeune âge avec les injonctions qui font souffrir, qui bousculent, qui rabaissent et confirment « tu n’es décidément pas assez bien ». Il a tant adulé ce parent auprès duquel il a quémandé l’amour, qu’il a fini par abandonner et trahir sa propre personnalité, pour cloner la personnalité, la façon d’être et de faire de son père ou de sa mère. Il s’est renié pour confirmer que le seul être parfait est son parent non aimant, ou perçu comme tel.

L’engagement pour lui a pour résultantes l’échec, le risque de perdre, le danger de n’être pas apprécié et l’angoisse d’être abandonné, ignoré, laissé de côté. Après pourtant avoir tant donné…

Cet enfant-là est devenu un adulte qui n’assume pas, qui ne prend pas de risque et d’initiative, à moins que cela fasse partie d’une stratégie pour obtenir un avantage de reconnaissance. Il est la personne que l’on voit faire un pas en avant et trois en arrière quand ce ne sont pas quinze !

Ou tout l’inverse, son comportement peut aussi le mener à en faire trop, et décidément trop, uniquement pour avoir de la reconnaissance et de la considération, comme s’il était vital de devoir prouver en permanence qu’il est quelqu’un de bien et de valeur. Tout en réussissant, il se maintient dans le doute, se dénigre, et ne croit pas en sa valeur, jusqu’à ce que son entourage lui fasse des éloges.

Nous sommes tous plus ou moins dépendants des autres mais à des degrés différents. Là où cela commence à poser problème c’est lorsque le comportement dans la relation à l’autre devient pesant ou provoque une pression psychologique pour l’entourage, et aussi pour le dépendant affectif lui-même. La souffrance n’a rien à voir avec l’équilibre et la sérénité.

La personne (ou le groupe de personnes) visée par le dépendant affectif comme son point de repère pour se sentir bien, peut rapidement virer à l’oppression tant le contact doit être permanent. Sa présence sera recherchée, le réconfort demandé quand il n’est pas supplié. Au début, le contact peut être attendrissant, comme si l’on avait affaire à un enfant, à une personne touchante et fragile. À la longue, les stratagèmes du dépendant affectif pour parvenir à se calmer et à sortir de ses angoisses, sont insupportables. Qui apprécierait une relation nourrie de sympathie mais aussi, si tout ne tourne pas comme le dépendant affectif le souhaite, de manipulation, de contrôle, de volonté d’isoler, et de reproches ? Tantôt sauveteur, tantôt victime et si les deux positions ne suffisent pas, le dépendant affectif, sans intention de nuire, sait aussi se faire persécuteur.

Son jeu est si perceptible qu’il en devient un danger pour lui-même. Sa faille est visible des personnes attendries mais aussi des pervers manipulateurs et destructeurs qui comprennent rapidement que le dépendant affectif ferait n’importe quoi pourvu qu’il soit reconnu, considéré, apprécié, rassuré. Absolument tout, pourvu qu’il échappe à ses peurs et angoisses. Dans un tel contexte relationnel, il est lui-même pris par une personne qui joue des trois positions du triangle de Karpman : sauveteur, victime et persécuteur. À la différence que le manipulateur pervers est destructeur. Il agit dans l’intention de nuire, d’anéantir l’autre qui devient sa proie. En silence, la relation tourne au drame : pression émotionnelle, chantage, manipulation perverse, harcèlement, violence.

Extrait du livre “La dépendance affective au travail” de Geneviève Krebs,
paru chez Eyrolles, 2019

Suggestions de lecture :

  • le livre bleu : pour comprendre, se situer face au trouble et savoir par où commencer un travail individuel. La deuxième partie de l’ouvrage offre un accompagnement précis et structuré.
  • le livre rouge : imagé d’histoires vécues, ce livre permet de comprendre l’impact de la dépendance affective dans le monde du travail, les risques pour la relation et la performance. Il propose en deuxième partie 20 fiches d’accompagnement.

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